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ILS SONT PASSES PAR LE CREPS #2

Tous les mois, nous vous présentons le portrait d’une personne qui est passée par le CREPS d’Houlgate. Alors que les travaux tant attendus débuteront dans quelques mois, nous vous proposons un bref retour en arrière pour partager les souvenirs et les faits marquants d’un site chargé d’histoire. Aujourd’hui, Daniel MAXY.

 

Daniel, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ainsi que votre parcours ?

J’ai 68 ans, je suis originaire du Pas-de-Calais (62). J’ai obtenu le Bac D en 1969, le CAPEPS (certificat d’aptitude au professorat d’EPS, NDLR) en 1973 et l’agrégation en 1994. Au plan sportif je ne suis qu’un pratiquant “multisports” de niveau départemental (et encore!): athlétisme dans le cadre de l’ASSU (association sportive scolaire et universitaire – ancêtre de l’UNSS, NDLR), judo, tennis de table (dans le Pas-de-Calais puis au club d’Houlgate durant mes études au CREPS) et plus tard tennis puis aujourd’hui golf.

Au plan professionnel, de 1973 à 1995 j’ai enseigné en collège, en lycée et à l’étranger à Oran (Algérie) dans un centre de formation de professeurs d’EPS dans le cadre de la coopération franco-algérienne. Ce fut un moment important de ma vie professionnelle car quand à 25 ans tu te retrouves formateur de futurs profs tu ne la “ramènes” pas trop et tu écoutes … tu continues à te former.

Entre 1992 et 1995 j’ai eu quelques missions de formation continue, puis de chargé d’inspection par l’inspecteur pédagogique régional à mi-temps et coordonnateur des professeurs- stagiaires à l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres devenu École Supérieure du Professorat et de l’Éducation – ESPE) pour l’autre mi-temps.

En 2000 j’ai été recruté officiellement à l’IUFM de Caen pour devenir coordonnateur de la formation des professeurs stagiaires et de la préparation au concours de recrutement des profs d’EPS.

En pensant à tous ceux avec qui j’ai partagé ces années au CREPS et plus particulièrement à ceux qui sont restés des amis, j’ai l’habitude de dire que nous sommes des enfants des “Instructions Officielles de 1967” – IO 67) celles qui ont “ajouté un “S” à EP (l’éducation physique devenant  éducation physique et sportive). L’éducation physique (puis sportive) que nous avons connue en tant que collégiens puis lycéens était peu sportive, elle le devenait. Nous sommes passés progressivement des parcours Hébert (lancer, courir, sauter, ramper, grimper …) et de la gymnastique suédoise (Ling) à une éducation physique sportive.

Les IO de 1967 n’ont fait que valider ce que des professeurs souhaitaient et faisaient depuis longtemps (ceci explique que les profs d’EPS sont aujourd’hui communément appelés profs de sport – ce qui est institutionnellement faux – après avoir été des “profs de gym” – non pas au sens de la gymnastique sportive mais à celui de la gymnastique postural et de maintien). Cette période (juste avant celle de nos études pour devenir prof d’EPS) est intéressante car elle nous a permis de vivre deux conceptions de l’EP (de l’EPS), une hygiénique, posturale, mécanique, de maintien et une autre culturelle, sportive avec ses techniques.

Il y avait à cette époque une volonté (politique) de sensibiliser les français au sport.

Faire du sport un objet d’enseignement et d’éducation à l’école était une orientation nouvelle que le passage de l’EPS du Ministère de la Jeunesse et des Sports au Ministère de l’Education Nationale en 1981 a renforcé.

Aujourd’hui retraité, Daniel MAXY est impliqué depuis plus de 20 ans dans l’éducation populaire. Ici, près de la cheminée en Salle Ricordeau, dans la Villa Madeleine.

Vous souvenez-vous de la première fois où vous êtes venu au CREPS ?

La préparation au concours du professorat d’EPS se faisait en 2 parties; Une première année de sélection dite année préparatoire (P1) après l’obtention du Bac et 3 années de préparation au concours (P2A, P2B et P2C).

Les circonstances de la vie ont fait qu’après avoir fait P1 à Roubaix je suis arrivé à Houlgate pour suivre un grand copain. Sans lui je ne serais pas ici aujourd’hui en face de toi et … je ne sais pas où je serais!

Je suis donc arrivé au CREPS en 1970 et je l’ai quitté comme étudiant en 1973.  MAIS … Je n’ai pas quitté le Calvados!

 

Quels souvenirs gardez-vous de cette époque dite « du CREPS » ?

Mon premier souvenir est notre arrivée (nous étions 2) au CREPS, un dimanche (ensoleillé) de septembre. Nous avions été accueillis sur les marches qui mènent au réfectoire par un “jeune homme” qui en fait était un des membres de notre future promo et qui avait déjà une connaissance approfondie du CREPS. Il nous a emmenés dans ce qui serait notre espace de vie privée … notre chambre qui se situait au premier étage de ce qui est le bâtiment des Cèdres actuellement.

Mon second souvenir c’est cette impression d’immensité que j’ai ressentie. En sortant du bâtiment dortoir il y avait en face un grand “plateau d’évolution” (terminologie d’avant 1967) avec derrière des terrains de tennis, à gauche un terrain de football, un terrain de rugby, une piste d’athlétisme en centrée et à droite des salles de travail et un réfectoire immense. Sur le coté un gymnase magnifique avec une grande baie vitrée. Et plus haut au delà du Drochon une halle des sport et encore des salles d’études. Enfin surplombant tout cela “une demeure”, la Villa Madelaine qui abritait les locaux privés du directeur, l’administration et la bibliothèque. Je me souviens de l’immensité de cette espace qui allait devenir mon, notre, espace de formation. C’était la première fois de ma vie de jeune sportif moyen que je voyais un tel ensemble. Je pensais m’y perdre!

Le troisième souvenir c’est la quantité de travail physique que nous avions et qui, quand il s’arrêtait, laissait la place à l’anatomie, la physiologie, la psychopédagogie, la méthodologie (devenu histoire de l’éducation et de l’EPS aujourd’hui). Nous avions heureusement des profs qui nous écoutaient, nous guidaient et nous soutenaient. Et surtout nous avions une ambiance de promo exceptionnelle, ambiance qui m’a d’ailleurs permis de vivre et de comprendre la solidarité, la sociabilité, le respect … tout ce que j’ai plus tard voulu transmettre à mes élèves et ensuite à mes étudiants.

Enfin nous ne pouvons pas ne pas revenir sur ce fameux plateau d’évolution avec une anecdote complètement hors du temps. Nous avions un prof formateur, Monsieur Médéric Lepoivre, Maître d’EPS, Psychiatre et Adjoint au Maire de l’époque Monsieur Fauvel. Médéric nous y faisait faire des exercices  de gymnastique posturale et de maintien, torse nu ou en débardeur, en hiver!  Désuet? Non, car beaucoup d’entre-nous ont réutilisé ces exercices dans le cadre d’une “EPS générale” ou dans celui d’un échauffement ou encore dans une “mise en train” ou un “retour au calme“.

Des regrets? Non sauf peut-être qu’il n’y ait jamais eu de piscine à Houlgate là où il y avait un centre de formation de futurs profs d’EPS qui auraient dans leurs missions l’enseignement de la natation! Aussi allions-nous le lundi matin (durant 3 ans) à la piscine de Deauville (départ 7h, entrée dans l’eau 7h30!) pour nous” laver les yeux avec le sel et le chlore”.

Reconnaissons cependant que nous avons quand même amélioré notre technique et nos performances (merci à Azam, Leguet et Tardif nos profs devenus collègues, voire amis). Enfin il n’y avait pas que le CREPS, il y avait aussi “le Stop”, notre “café” et sa propriétaire qui aimait ses “petits CREPSIENS”. D’une façon générale les habitants d’Houlgate aimaient ces (ses) “petits profs du CREPS”!!

Quelle est la première chose qui vous vient à l’idée lorsqu’on évoque le CREPS ?

L’exceptionnelle ambiance de promotion et en même temps, avec du recul, le manque d’ambiance inter promotionnelle entre les différentes formations (maîtres, prof-adjoint, prof).

Cela ne doit pas faire oublier la professionnalité de nos profs dans leurs fonctions de préparateur à un concours et de formateur à une profession. Nous ne pouvons pas, non plus, oublier leur profond intérêt pour ce CREPS auquel ils ont donné de l’excellence, et pour lequel ils avaient un profond attachement. Pensons à: Paris, Romano, Tardif, Guézille, Plin, Pin, Le Pennec, Létolle, Gainville, Barthelet, Leguet, Lepoivre, Bresciani, Azam, Lemaire ….

 

Et quand on vous parle de rénovation du site ?

J’aimerais qu’il y ait une piscine! Si un jour il y en a une je viendrai m’y baigner, même plus… nager!!! (rires)

Plus sérieusement je pense que la structure CREPS telle que nous (ensemble d’étudiants des années 1970) l’avons connue n’était plus adaptée aux nouvelles orientations des CREPS des années 90 et encore moins à celles du Centre Sportif de Normandie (CSN). Quand les finalités et objectifs d’une structure changent, quand les méthodes et les publics changent, quand les contenus changent il faut que les installations évoluent. Il faut surtout que le “concept” change.

Le Centre Sportif de Normandie doit se doter de moyens pour s’adresser à tous les sportifs de Normandie, aux sportifs nationaux voire internationaux. Il doit aussi s’ouvrir aux pratiquants, quels qu’ils soient.

Ce n’est plus le CREPS qui formaient des profs (même s’il faut reconnaître ce moment important dans l’existence de ce lieu) mais c’est une structure d’accueil des sportifs de tous niveaux qu’ils soient locaux, départementaux, régionaux, nationaux ou internationaux, valides ou en situation de handicap. C’est également un lieu de formation de sportifs, d’animateurs du mouvement sportif, de dirigeants du mouvement sportif. C’est enfin un vecteur d’éducation au sens générale et plus spécifiquement d’éducation populaire. Bien entendu un tel projet nécessite des fonds donc une rentabilité ce qui met en avant un enjeu que je qualifie de “touristico-sportif” en particulier pour la ville d’Houlgate, pour le département et la région.

Le CREPS peut devenir un des vecteurs de communication pour mettre en avant une ville, un département, une région.

Il est à ce sujet bien utile que les collectivités locales et territoriales soient autant investies dans ce projet.

Pour terminer, je vous remercie d’avoir laissé une place à l’expression historique de ce lieu chargé de formation et d’éducation quelle qu’en soit l’époque.